Autre extrait
Tout le monde a chez soi ce petit accident domestique qu'on appelle " une infiltration". Une fine fêlure dans un mur ou un plafond. Presque imperceptible. Une griffure de rien dans notre quotidien. Àreboucher le plus tôt possible. Mais on ne se méfie pas et on renvoie toujours à demain. Jour après jour ça s'étale et ça se creuse mais du dehors rien ne semble changé. C'est à l'intérieur que ça travaille. On n'y pense pas continûment, mais on sent toujours, de ce côté-là, la présence d'un risque. Ou d'un ailleurs.
Il y a une trentaine d'années que l'écriture poétique travaille en moi de cette manière sans que j'aie jamais pu concevoir que ce pouvait être quelque chose comme cela. J'ai composé de manière occasionnelle et intermittente et n'ai jamais formé le projet de rassembler ces textes en un recueil. Du même coup, je ne me suis jamais senti poète à part entière. (...)
(extrait de "Un accident domestique" en ouverture de l’ouvrage).
Extrait
L'instant
la halte blanche,
tout soleil et toute glace
cousue
à mes jours,
est un miroir
où reviennent toutes les histoires
soufflées au-dessus de ma tête.
Le temps est une fronde
pour ces boulettes de nostalgie.
Si j'étais toi, Ulysse,
je resterais appuyé
contre le figuier, l'olivier,
la peau blanche,
un tintement d'anneaux,
ô Nausicaa.
(extrait de Frêles, p.36)