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Albiana : Dans votre ouvrage Eloge de la littérature corse, (collection Prova) vous avez la gentillesse (ou le bon goût) d’apporter plusieurs fois vos encouragements à cette rubrique des interviews Albiana. D’une, je vous en remercie et, de deux, vous conseille donc de vous montrer à la hauteur de l’événement.

 

François-Xavier Renucci : Vous commencez en me mettant la pression, merci… C’est vrai, j’ai parlé en bien des interviews que l’on trouve sur le site d’Albiana, pas parce que c’est mon éditeur, mais parce que ces interviews sont un des lieux (numériques) où l’on peut véritablement écouter un dialogue avec un auteur ; il y a d’autres lieux, je pense, par exemple, au site de Norbert Paganelli (Invistita.fr) qui comporte aujourd’hui (7 juillet 2010), 18 entretiens avec des auteurs ou éditeurs corses. 18 entretiens dont deux imaginaires (ceux avec A Piazzetta et avec moi-même) ! C’est dire si ce genre est propre à toutes les utilisations. Voir aussi un entretien développé avec l’auteur de la « Vendetta de Sherlock Holmes » sur le blog de « Corsicapolar » : passionnant. Plus sérieusement, nous manquons de ces moments où les intentions et les façons de faire des auteurs et des éditeurs s’expriment à loisir. Pour ma part, j’aimerais lire de tels entretiens avec des lecteurs, de tous types, de tous âges. J’ai depuis un moment l’idée de proposer une série de tels entretiens sur le blog « Pour une littérature corse ».

 

 

Albiana : Eloge de la littérature corse est un livre… qui reprend littéralement (et littérairement) les 61 premiers billets de votre blog Pourunelittératurecorse. Alors qu’un débat récurrent pose la question de la possible disparition du livre papier devant la culture numérique, votre démarche apparaît singulière.

 

François-Xavier Renucci : Lorsque ma fille veut me faire plaisir, elle ne passe pas par Gallimard ou Blogger, elle prend du papier et des crayons… Je veux dire par là qu’un nouvel outil ne chasse pas le précédent. Il peut en modifier l’usage mais pas le faire disparaître. J’aime le livre, le grain et l’odeur du papier, le format, la prise en main, c’est un objet charnel, sensuel. Nous nous l’approprions physiquement, le transportons n’importe où, il est nous. Le livre papier permet cette appropriation personnelle avec une force et une souplesse sans égales.

Le monde numérique, le blog en tout cas, est un espace immédiatement collectif, si tant est que l’administrateur du site accepte les éventuels commentaires des internautes. Donc, faire basculer une partie du blog vers le livre papier, c’est une façon pour moi de donner à des réflexions communes la possibilité d’avoir une autre présence au monde. Une présence sur laquelle je n’aurai pas de prise et qui aura peut-être des conséquences inattendues. Mon rêve est de voir un jour revenir ce livre « métamorphosé » par les lecteurs qui voudront bien en parler. J’aimerais qu’il serve, avec bien d’autres livres, à alimenter les débats et les discussions sur ce que nous appellerons la « littérature corse ».

 

Albiana : Dans votre présentation vous nous faites néanmoins part de vos longues hésitations

 

François-Xavier Renucci : Oui, de longues hésitations… Tout simplement parce que je ne me sens pas du tout à l’aise avec les outils informatiques et numériques. Je n’ai pas de vrai « goût » pour ça. Je ne suis pas un « geek », comme on dit.

Mais à force de parler de littérature corse avec un peu trop de fougue autour de moi (à la maison, à l’amicale corse d’Aix, avec les amis, au boulot), une amie blogueuse m’a fortement engagé à ouvrir un blog. Elle m’a montré les rudiments de la chose, et, comme je le raconte dans le premier billet, en janvier 2009, j’ai cliqué trois fois là où Blogger me disait de le faire et je me suis effectivement retrouvé avec un blog. Un blog que tout le monde pouvait venir consulter ! Alors j’ai commencé immédiatement à l’alimenter pour qu’il ne meure pas tout de suite.

(Il est vrai cependant que le blog est resté à un stade très primaire de développement numérique ; il n’y a qu’à comparer avec la richesse de celui de mon amie blogueuse (le confit c’est pas gras) ou d’un site magnifique comme celui de François Bon (tierslivre.net).

 

Albiana : Venons-en au fonctionnement de votre blog Pourunelittératurecorse. Vous l’alimentez pratiquement d’un billet quotidien, plus le suivi des éventuels divers commentaires. C’est beaucoup de travail.

 

François-Xavier Renucci : C’est beaucoup de temps. Diurne, nocturne, quelques minutes par-ci (pour publier un commentaire le plus rapidement possible) ou quelques heures par-là (pour écrire les billets les plus développés). C’est une activité qui s’infiltre entre tous les moments d’une journée. Maintenant, il faut faire la part des choses : chaque billet ne me demande pas toujours beaucoup de travail (réflexion, écriture, réécriture, liens divers et variés). En fait, il y a plusieurs catégories de billets : certains, sont des « souvenirs de lecture », je ne relis donc pas le livre, j’évoque simplement ce qu’il a laissé dans ma mémoire, je trouve la page, je la réécris, je publie (c’est le cas avec une nouvelle de Jean-Pierre Graziani publiée dans « La Vie au bout », chez Cismonte è Pumonti edizione) ; d’autres au contraire sont nourris par une lecture crayon en main de l’ouvrage évoqué (c’est le cas par exemple avec « Mal’Concilio » de Jean-Claude Rogliano, publié chez France-Empire, ou du poème « Rosule pioverà » de Martinu Appinzapalu, publié par Jean-Guy Talamoni dans son « Antulugia bislingua di literatura corsa », chez DCL) ; d’autres encore sont issus de lectures partielles, une page a arrêté mon œil, mon cœur s’est emballé à un moment donné et la page en question est devenue matière à billet, à réflexion (c’est le cas avec « Une vendetta » de Balzac et avec « Filidatu è Filimonda » de Sebastianu Dalzeto, éditions du CRDP de Corse) ; d’autres enfin sont des comptes rendus de manifestations littéraires et m’ont parfois pris beaucoup de temps (relire les notes, réorganiser, compléter). Et puis certains billets ne me demandent aucun travail personnel, sinon de mise en forme : aujourd’hui plus d’une quarantaine de billets sont inclus dans la catégorie « VOS LECTURES » et émanent de lecteurs visiteurs du blog. Cela correspond évidemment à l’esprit du lieu, le but est bien de donner à lire ce que lisent les lecteurs de littérature corse et surtout comment ils la lisent…

 

Albiana : Les questions sont nombreuses pour Eloge de la littérature corse. Deux d’entre-elles semblent ici incontournables. Nous ne savons jamais ce qui se dévoilerait derrière un lien et l’aspect du multilinguisme sans traduction peut (fait ?) perdre grande richesse et compréhension au lecteur. Le livre semblait pourtant pouvoir (devoir) être l’outil de cet enrichissement.

 

François-Xavier Renucci : Passionnante question double. J’espère bien la comprendre.

Concernant les liens vers d’autres sites : les mots transformés ainsi en portes donnent accès à un texte, le plus souvent, à une vidéo quelquefois. Le lien peut être explicite et définir ce que l’internaute va trouver en cliquant sur le mot ou bien il peut fonctionner sur le mode de la surprise. Ainsi, dans le premier billet de janvier 2009, le mot « jazz » renvoie, sans le dire explicitement, vers une vidéo du Dave Brubeck Quartet jouant « Take five ». Le contraste apparent entre le sujet du blog et cette vidéo doit servir d’aiguillon et permettre au lecteur d’imaginer ce blog se rêvant en aventure collective, novatrice, donnant de l’importance à l’écoute des autres, à l’improvisation, à une certaine forme de jubilation – tout en écoutant le morceau, peut-être.

Bien sûr le livre ne contient pas les liens ; ils sont l’apanage de la version numérique originelle, il faut aller sur le blog pour voir quels mots sont devenus des portes. Le livre et le blog ne sont pas le même « objet » et déterminent des usages différents, des façons différentes de « s’enrichir ».

Concernant l’usage des langues sur le blog et dans le livre. Dix pour cent du livre est en langue corse (textes cités ou commentaires, utilisée par moi-même, un corse scolaire, ou par d’autres, de façon plus riche, plus spontanée). Il y a aussi des textes en anglais, en italien. Et tous ces textes et commentaires non francophones ne sont pas toujours traduits en français. Bien sûr quelqu’un qui ne parle que le français aura du mal à comprendre les textes ou commentaires en question ; il y a déjà eu débat à ce sujet sur le blog lui-même, d’une façon virulente d’ailleurs. Mais je tiens absolument à ce qu’Edouard Glissant appelle « l’opacité ». Parce que c’est une des dimensions de la réalité humaine en général et corse en particulier. Personnellement, je ne comprends pas toute la littérature corse : les textes en italien, et même ceux en corse, usent d’un vocabulaire et d’une syntaxe qui sont souvent difficiles pour moi ; eh bien je fais avec, c’est-à-dire soit j’essaie d’augmenter ma connaissance de ces langues pour aller vers ces textes, soit je reste avec eux dans une relation un peu onirique, où des bribes de sens, peut-être de faux sens, me hantent (je pense par exemple, aux textes de Rinatu Coti, dont je suis sûr de ne pas comprendre l’intégralité, mais qui provoquent en moi beaucoup d’émotions et de réflexions). Je recommande à tous les lecteurs qui se sentiraient rebutés par des textes non traduits dans leur langue maternelle de faire de même. Et je trouve que le goût pour une littérature peut aussi engager à découvrir les langues dans lesquelles elle s’exprime. Ainsi, je trouve que la traduction des œuvres de langue corse et italienne en français est à la fois absolument nécessaire (j’en profite largement) et en même temps je pense que ce blog n’est pas le lieu idéal pour opérer systématiquement ces traductions. Toutefois, quand c’est possible, je place souvent en regard du texte en corse ou en italien, la version française.

Pour le coup, je ne sais pas si j’ai été très clair !

 

Albiana : Autre interrogation majeure : qu’est-ce donc que la littérature corse ? Est-ce comme vous l’écrivez la somme des textes qui nourrissent l’imaginaire corse ?

 

François-Xavier Renucci : Il est temps de dire la vérité : je ne suis pas un spécialiste de la littérature corse. Je connais plusieurs personnes bien plus capables et compétentes que moi, qui ont lu toute la production en langue corse, qui connaissent très bien la production en langue italienne, qui sont capables de lire les chroniques historiques et les poèmes écrits en latin. Ces personnes sont donc bien plus légitimes pour proposer une définition de la « littérature corse » et de « l’imaginaire corse » ! Et j’attends avec impatience la parution d’une véritable histoire de la littérature corse (en quelque langue que ce soit) ou d’essais longuement mûris sur ce sujet.

Si je me suis permis dès le premier billet de présenter une telle définition, c’est pour susciter le débat. Et il fallait pour cela que la définition soit large et vague.

C’est aussi une façon de déplacer la question sur ce que « fait » la littérature corse plutôt que sur ce qu’elle « est ». J’imagine les choses comme cela : il y a la « bibliothèque corse » (où se pose la question du critère pour en faire partie – identité de l’auteur, sujet du livre, langue utilisée, etc.) et il y a la « littérature corse » (c’est-à-dire ce que les lecteurs lisent réellement de cette bibliothèque et ce qu’ils y ajoutent, qui peut venir d’autres littératures). Et le jeu entre cette bibliothèque et ces lectures fabriquerait ce continent inconnu et mouvant qu’est l’imaginaire corse. Selon des modalités très différentes, il me semble que « 51 Pegasi » (Marcu Biancarelli), « La Dionomachia » (Salvatore Viale), « Mateo Falcone » (Prosper Mérimée), « Tout-monde » (Edouard Glissant) nourrissent l’imaginaire corse.

 

Albiana : Marcu Biancarelli pense lui que la littérature corse est une littérature écrite par des Corses.

 

François-Xavier Renucci : Merci de cette relance, elle me permet de renvoyer à un des billets du blog qu’on trouve dans le livre et qui s’intitule : « Est-ce bien de la littérature corse ? ». J’évoque Mérimée et Balzac et une discussion s’engage avec Marcu Biancarelli, justement.

 

Albiana : Et moi, modestement et, comme votre démarche blogueuse l’autorise, anonymement, je crois penser que la littérature en devient vraiment le jour où elle transgresse et dépasse les notions de temporalité et d’origine.

 

François-Xavier Renucci : Mais que n’intervenez-vous pas sur le blog ? De plus, je ne suis pas d’accord avec vous ! Ou du moins pas totalement. Je m’explique. Oui, la littérature est un art universel qui mérite qu’on n’instrumentalise pas les livres pour en faire des porte-parole ou des vitrines d’une identité. Mais je pense aussi que le regard du lecteur est en mesure de transformer les livres en littérature, c’est-à-dire de cesser de regarder tel ouvrage comme un document historique, témoin d’une époque et d’une identité, pour le regarder comme un événement littéraire, qui brouille les pistes temporelles, ouvre d’autres horizons, propose des langages inouïs. Un exemple, j’ai fini par lire deux textes majeurs de la littérature corse : « Morte è funerale di Spanettu » de Santu Casanova (voir la très riche édition critique par l’association A Falce) et « Pesciu Anguilla » de Sebastianu Dalzeto (version corse originale chez La Marge et traduction française parue chez Fédérop). Bien sûr la possibilité de lire la traduction française de ces textes m’a beaucoup aidé ! Eh bien, je me suis efforcé de les lire de façon contemporaine. Que retirer de ces livres écrits au XIXème siècle et en 1930 aujourd’hui ? En quoi sont-ils des événements littéraires vivants pour nous ? Peuvent-ils nous servir de références littéraires ? Pour donner naissance à quels nouveaux textes ?

On m’objectera que ces deux livres ne sont pas des chefs-d’œuvre absolus de la littérature universelle, et qu’ailleurs, dans un genre similaire, des choses bien meilleures ont été écrites et méritent d’être diffusées. Fort bien. Mais la question est désirons-nous qu’une expression littéraire ambitieuse se développe en Corse ? Si oui, il nous faut relire tout le passé de la littérature corse et nourrir la production contemporaine avec le meilleur de ce passé. Charge à chacun bien sûr, de se nourrir auprès de toutes les autres littératures du monde et de s’inscrire dans les courants mondiaux de la littérature telle qu’elle s’invente aujourd’hui.

 

Albiana : Eloge de la littérature corse est une mine de références, textes, citations… qui donne à lire et découvrir quantité d’expressions des ailleurs.

 

François-Xavier Renucci : Oui, je tenais à cela. Homère, Dante, Nerval, Stevenson, Dostoïevski, tant d’autres… Les auteurs corses sont des lecteurs de toutes les littératures et leur travail est similaire à celui de tous les écrivains du monde : ils marient l’héritage de la littérature universelle avec leur expérience singulière (notamment corse). De même les lecteurs de la littérature corse ne lisent pas que ça. Et c’est un gage de respiration pour la littérature corse. La preuve par l’exemple : le site de Norbert Paganelli déjà cité laisse une large place à des auteurs d’autres littératures (auteurs archi-célèbres ou pas connus du tout), le site de Musa Nostra, le blog de Corsicapolar, le site Terres de femmes, le forum de la Gazetta di Mirvella, les chroniques littéraires de Marcu Biancarelli mêlent auteurs corses et non corses. Je crois qu’il nous est maintenant permis de considérer sereinement le fait qu’une littérature corse prend sa place dans le concert (ou chaos) mondial des lettres.

 

Albiana : Je vous cite à nouveau : Ecrire, écrire, investir ce blog tous les jours, devient pour moi une obsession.

 

François-Xavier Renucci : Et vous ne m’aidez pas à en sortir ! Et je vous en remercie. Oui, une obsession. Je ressens comme un sentiment d’urgence mêlé de beaucoup de plaisir. Comme si tout cet enthousiasme pouvait s’arrêter très vite. Disparaître. C’est pour cela que je suis très (trop, diront certains) indulgent avec les commentaires qui dérapent, avec les propos maladroits, avec les polémiques stériles. Mais je préfère accueillir ce type de propos (qui sont tout de même minoritaires sur le blog), plutôt que le silence (ou que de simples conversations privées qui ne laissent pas de traces). Il faut laisser des traces et ensuite il faut les réinterpréter. Combien de livres parus aussitôt disparus ? Certains des livres majeurs de la littérature corse contemporaine sont « épuisés » ! Alors écrire un billet c’est une façon de les ressusciter, de signaler à l’éditeur que ces livres sont encore vivants, qu’ils nous font encore quelque chose, maintenant. Il m’est même arrivé de dire ou d’écrire (avec humour, pitié ne prenez pas mal ce que je vais dire !) : la littérature corse existe parce que je la lis !

Mais trêve de plaisanterie, je pense que cette obsession est collective, beaucoup plus répandue qu’on ne croit.

 

Albiana : Eloge de la littérature corse se lit vraiment de façon fort fluente. Ça a dû être une drôle de sensation à cette découverte.

 

François-Xavier Renucci : Fluente, fluente… Merci pour cette appréciation. Oui, j’espère que la lecture de ce livre sera facile. Il ne s’adresse pas qu’aux spécialistes de la littérature corse, il n’est pas nécessaire d’avoir lu la moindre ligne de littérature corse pour avoir le droit de lire cet « Eloge ». Ce n’est ni une anthologie au sens strict du terme (le meilleur d’une littérature choisi après une lecture et une étude exhaustive de cette littérature), ni une histoire de la littérature corse (bien des périodes et des auteurs ne sont pas évoqués), ni un essai organisé. Il s’agit d’un ouvrage qui donne la parole à des lecteurs (très divers) attachés à discuter de leurs lectures et à partager des réflexions sur l’enjeu que représente une littérature corse vivante.

C’est aussi le moment de signaler que les lecteurs du blog pourront découvrir dans le livre une postface de Marie-Jean Vinciguerra, connaisseur parfait et subtil de la littérature corse, qui a bien voulu lire l’ensemble et le critiquer. Oui, il replace cet ouvrage dans une perspective critique et propose une vue d’ensemble de la littérature corse particulièrement stimulante. Je l’en remercie encore vivement ici.

 

Albiana : Envisagez-vous de poursuivre cette aventure éditoriale ?

 

François-Xavier Renucci : Non, je ne prévois pas d’autres publications à partir de ce que l’on trouve sur le blog. Pas pour l’instant en tout cas. Je voudrais d’abord que ce livre, « Eloge de la littérature corse » fasse son office : participer aux débats sur les enjeux d’une littérature corse vivante aujourd’hui. Aujourd’hui (8 juillet 2010), le blog propose 287 billets et environ 1400 commentaires, la masse devient conséquente et représenterait au moins quatre ou cinq ouvrages du type « Eloge ». J’imagine qu’il y a d’autres façons d’utiliser cette matière. J’y réfléchis.

 

Albiana : Pour finir, est abordée dans le livre la notion de « société littérarisée ». C’est une blague ou quoi ?

 

François-Xavier Renucci : Une blague ? Mais la littérature corse aussi est une blague ! Pour continuer à rire, je renvoie au billet qui fait allusion à cette notion : « Une société littérarisée », le 19 février 2009. Elle est proposée par Yves Citton, universitaire spécialiste de Spinoza, fondateur de la RILI (Revue Internationale des Livres et des Idées) et auteur d’un livre que j’aime beaucoup, « Lire, interpréter, actualiser », aux éditions Amsterdam.

Disons simplement pour conclure provisoirement ce dialogue que j’espère que nous pourrons créer un espace public où puissent s’exprimer toutes les opinions, positives et négatives sur les livres qui nourrissent l’imaginaire corse. Ma petite expérience avec ce blog m’a montré que c’était à la fois désiré et refusé, possible et difficile, utile et source de malentendus voire de conflits. On m’a déjà prêté quelques intentions malveillantes et affublé de sérieux défauts. Je considère ces réactions comme tout à fait prévisibles, même si elles sont regrettables. J’aimerais en fait que coexistent deux espaces et que les relations entre ces deux espaces soient fructueuses. Le premier espace serait celui de tous les lecteurs réels de littérature corse, vous, moi, du lecteur occasionnel et ignorant jusqu’au plus grand spécialiste de la chose. Dans cet espace, il me semble absolument utile et plaisant que des discussions soient possibles, afin d’échanger des points de vue variés, voire contradictoires sur ces livres réellement lus, et donc réellement aimés ou détestés. Et puis il y aurait un deuxième espace (dont je vois depuis longtemps que beaucoup regrettent qu’il n’existe pas encore) : une critique littéraire professionnelle ou spécialisée. Critique qui s’appuierait sur une recension exhaustive des livres parus, sur une lecture exhaustive de ces livres et proposerait un choix assumé parmi ces livres lus, afin de faire la part des choses entre les mauvais livres et les bons voire les très bons. Bien sûr, chaque lecteur est en droit de ne pas être d’accord avec les autres lecteurs et avec les critiques professionnels. Et de ces désaccords naîtrait une littérature corse désirée et désirable.

 

 



Dernière mise à jour: 01/09/2010